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Si
vous avez commencé à lire cette chronique, vous avez déjà
fait un grand pas pour apprivoiser le mot qui terrorise la
plupart des gens: "budget".
Un
grand nombre de personnes s'imagine que faire un budget est
très compliqué. On entend parler des budgets fédéral et provincial
et on n'y comprend franchement rien. On trouve sur les étalages
des libraires des livres volumineux intitulés "Le budget familial"
ou encore "Vivre avec un budget" et on se dit, seulement à
les regarder, que c'est une tâche ardue puisque ça prend 100
pages et plus pour l'expliquer.
Plusieurs
sont convaincus que faire un budget, c'est se serrer la ceinture
ou pire encore, perdre sa liberté. D'autres croient qu'un
budget est toujours porteur de mauvaises nouvelles. Certains
se disent: "je gagne tellement peu que ça ne vaut pas la peine
de budgéter"; d'autres encore pensent: "je gagne un bon salaire,
je ne regarde pas à la dépense". Quelques uns le font mentalement
et certains autres n'ont tout simplement pas le temps ou le
goût de faire un budget.
Une
question d'attitude
Mais faire
un budget n'est pas si compliqué. Il s'agit de faire une liste
de nos revenus et de nos dépenses et de savoir additionner
et soustraire, point final. Ce sont des compétences acquises
en première et deuxième année; alors pourquoi cette réticence
à mettre les faits sur papier?
Changer
son attitude face au budget n'est pas facile. Ce n'est pas
"cool" de dire qu'on suit un budget, par contre, c'est "cool"
de dire qu'on a un entraîneur personnel qui nous force à faire
des exercices. Ce n'est pas " cool " de dire qu'on suit une
diète, mais c'est "cool" de dire qu'on suit Montignac. On
a moins de difficulté à admettre qu'on suit une diète que
de dire qu'on suit un budget! C'est donc un problème de marketing.
Malheureusement, Montignac n'a pas encore écrit de livre sur
le budget...
Un
signe de maturité
Il y a
des moments dans l'histoire où le budget faisait partie de
la vie courante : les deux guerres mondiales, la dépression
des années trente, la crise pétrolière des années soixante-dix.
Ma mère me raconte avec fierté comment sa mère a pu nourrir
une famille de onze personnes avec quelques sous par jour
durant la dépression et qu'à son tour, une fois la semaine,
elle s'enfermait durant deux heures dans sa chambre pour faire
son budget. L'histoire ne dit pas si, à toutes les semaines,
elle s'enfermait vraiment pour faire son budget ou si simplement
elle se permettait pendant quelques heures d'oublier les responsabilités
que huit enfants peuvent représenter. De toute façon, ça m'a
beaucoup impressionnée et j'avais hâte de faire mon propre
budget. C'était une chose importante et ça signifiait que
je serais adulte.
À
travers les années, j'ai fait des budgets personnels plus
ou moins détaillés. J'y mettais plus de temps quand j'avais
un objectif précis : un morceau de linge particulier, les
études, une chaîne stéréo, une maison, la retraite. Je ne
me cassais pas la tête à savoir si mes chiffres étaient très
précis et c'est-là une attitude qui libère.
Votre
budget est une chose qui varie, qui évolue et qui informe.
Mettez des chiffes sur un bout de papier sans faire de grosses
recherches; utilisez simplement les données que vous avez
en tête; ça ne vous oblige à rien et vous pouvez toujours
froisser la feuille et vous en servir comme projectile. Malgré
vous, vous ferez des comparaisons entre les données de votre
projectile et vos prochaines dépenses. Petit à petit vous
découvrirez vos habitudes, vos tendances, vos besoins et vous
pourrez commencer à faire des choix.
Judith
Kavanagh est consultante pour les Valeurs Mobilières RBC
Dominion et la Caisse de dépôt et de placement du Québec.
Elle est aussi membre du conseil d'administration de la Monnaie
Royale canadienne, de Gestion du patrimoine Dundee, CCF (Canada)
Inc. et du Club Sportif MAA, sans oublier les conseils consultatifs
de Peak Financial, le programme CFA de l'Université Concordia
et le Programme de Gestion de Portefeuille de Kenneth Woods.
Enfin, elle est la fondatrice de l'une des premières sociétés
de courtage de fonds mutuels au Québec.
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